Le 29 Novembre dernier, le CEJART a eu l’honneur d’être convié à une visite privée de l’Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la ville de Paris, créé en 1983 et hébergé dans les locaux de la Maison Européenne de la Photographie sous la direction de Mme Anne Cartier-Bresson.

Visite de l’ARCP avec Anne Cartier-Bresson / Crédits : ©ARCP/Ville de Paris/Constance Asseman, 2016

Nous avons eu la chance de pouvoir observer de près le travail d’une équipe technique d’une petite dizaine de spécialistes qui œuvre à la préservation du fonds photographique de la ville de Paris, comptant pas moins de 14 millions d’images.

Les missions de l’ARCP s’organisent autour de quatre grands axes : la restauration des œuvres, le montage pour la conservation et les expositions, la conservation préventive et enfin la numérisation.

Cet atelier est un service public municipal qui dépend de la direction des affaires culturelles de la Ville de Paris, et plus particulièrement de la sous-direction du patrimoine et de l’histoire. S’il réalise des missions gratuitement pour le compte des collections publiques, il est possible de faire appel à  ses  services pour des missions privées particulières contre facturation.

L’ampleur de la mission est telle que son champ d’activité s’étend de la restauration de photographies anciennes, c’est-à-dire dès l’apparition du médium au XIXème siècle, jusqu’aux tirages numériques contemporains (depuis 1958) qui représentent des difficultés de conservation éminentes et multiples. Ainsi l’ARCP se présente aujourd’hui comme un réel laboratoire d’histoire matérielle de la photographie qui oeuvre notamment en faveur d’une homogénéisation du vocabulaire, rendue tangible avec la parution d’un ouvrage de référence (1) et propose un savoir-faire reconnu sur la scène internationale de la photographie.

Restauration et conservation des daguerréotypes, ambrotypes et ferrotypes / Crédits : ©ARCP/Ville de Paris/Constance Asseman, 2016

Tout commence avec la restauration, socle des autres missions de l’ARCP. Généralement, l’atelier intervient dans le cadre de projets d’envergure. Actuellement, la principale mission des restaurateurs concerne la restauration du fonds de photographies d’Helmar Lerski qui vient d’être acquis par le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme et inclut 202 tirages vintage ainsi que des négatifs et des plaques de verre. Parallèlement à cet important chantier, un programme de restauration de 3000 autochromes – ancêtres des diapositives créés en 1903 – est en cours depuis quelques années, en plus d’un travail de suivi permanent autour des daguerréotypes, ambrotypes et ferrotypes – les premiers procédés photographiques utilisés – de la collection de la Mairie, très sensibles aux altérations du temps et aux interventions de l’homme, nécessitant un traitement particulier encadré par une spécialiste de l’équipe.

Restauration en cours du fonds de photographies d’Helmar Lerski / Crédits : ©ARCP/Ville de Paris/Constance Asseman, 2016

A la suite des restaurations, une fois les photographies restaurées et stabilisées, intervient l’équipe de montage qui les insère dans les cartons de conservation utiles à la préservation lors d’expositions ou bien lors de campagnes de numérisation. Le choix du montage est réalisé selon à la discrétion du conservateur et selon des techniques variables en fonction de l’état de la photo et des impératifs liés aux conditions d’exposition : le montage en passe-partout, l’utilisation de bandes de papier japonais, etc.

S’agissant de l’activité de conservation préventive, l’atelier opère un travail de conseil mais également de préservation effective. Les missions sont réalisées in situ à la demande d’institutions. Actuellement, l’ARCP est en train d’achever un plan de traitement de plusieurs années du nitrate de cellulose contenu dans de nombreux négatifs de dix-sept institutions parisiennes, nocif pour la santé mais également auto-destructeur et auto-inflammable : l’intervention de l’ARCP était urgente. L’atelier agit également pour la préservation de tirages contemporains, un des enjeux majeurs de notre époque et très délicat du fait de la diversité des techniques d’impression et papiers utilisés.

Montage en passe-partout / Crédits : ©ARCP/Ville de Paris/Constance Asseman, 2016

Enfin, la dernière activité charnière de l’atelier est celle de numérisation et de documentation visuelle réalisée par une photographe. D’une part, une photographie de la photo est réalisée avant, pendant et après restauration afin de garder une trace du travail réalisé par l’atelier et enrichir la base de données de la ville de Paris. En effet, le moment de la restauration est idéal pour effectuer un travail de documentation autour de l’œuvre et densifier les informations disponibles sur les photographies constituant la collection de la Ville de Paris. Cette activité s’accompagne d’un travail de numérisation en collaboration avec « la parisienne de la photo », société anonyme publique qui assure la reproduction numérique et la diffusion des fonds iconographiques de la Ville de Paris (2). En corrélation avec ces deux activités, peuvent être réalisées des reproductions patrimoniales qui sont des reproductions à l’identique de photos originales de la collection en fac-similé ou contre-types numériques. Ces reproductions ont pour but de permettre l’accès à des œuvres qui sont trop détériorées ou trop souvent exposées sans pour autant remplacer l’original ; elles ont une vocation purement didactique et conservatrice.

Nous avons donc pu constater l’étendue de l’activité de l’Atelier de Conservation et de Restauration de la Ville de Paris dont l’activité est passionnante et s’adapte aux impératifs de l’évolution de la photographie tout en restant fidèle à leur souci principal de conservation des oeuvres constituant le fonds de la ville. En plus de toutes ces activités techniques dans lesquelles l’atelier démontre quotidiennement son expertise, l’équipe s’attelle également à la diffusion de sa connaissance sur la photographie et son savoir-faire par l’intermédiaire d’un centre de documentation, d’activités curatoriales et d’enseignements et de publications récurrentes permettant à un public à la fois novice et averti d’enrichir son savoir sur la photographie. Cela stimule les recherches et, à terme, le développement de plus de formations et de professionnels pouvant participer à la conservation de la photographie.

Merci encore à l’ARCP pour son accueil bienveillant et chaleureux et pour nous avoir transmis avec beaucoup de pédagogie les principaux enjeux liés à leur très riche activité.

(1) CARTIER-BRESSON (Anne), Le vocabulaire technique de la photographie, Marval, Paris, 2007

(2) http://www.parisiennedephotographie.fr/home.aspx

Information pratiques :

http://www.paris.fr/services-et-infos-pratiques/culture-et-patrimoine/musees-collections-et-art-dans-la-ville/les-collections-de-la-ville-de-paris-2027#l-atelier-de-restauration-et-de-conservation-des-photographies_12

https://www.facebook.com/ARCPVilledeParis/?fref=ts


Léa Vicente